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La France manque-t-elle d'attractivité... ou de croissance ?
12/07/2004

Frédérique Sachwald, Lec Echos, 12 juillet 2004
IDEES -- LE POINT DE VUE DE FREDERIQUE SACHWALD

La France manque-t-elle d'attractivité… ou de croissance ?

Au cours du dernier quart de siècle, la France s'est beaucoup préoccupée de sa compétitivité, mais depuis quelques années, elle s'inquiète de plus en plus de son attractivité. Elle n'est d'ailleurs pas la seule : les indicateurs d'attractivité _ calculés par des cabinets de consultants ou des agences gouvernementales _ vont peut-être remplacer les indicateurs de compétitivité pour juger du dynamisme des économies et guider la réflexion sur les politiques publiques.

La notion de compétitivité s'est imposée avec l'internationalisation de l'économie française. Jusqu'à la fin des années 1960, la part des échanges internationaux dans le PIB était restée modeste, avant que les chocs pétroliers et la dynamique de l'économie mondiale nécessitent un accroissement des exportations. Dans un premier temps, l'attention s'est portée sur la compétitivité par les prix, mais à partir des années 1980, il est devenu clair que la concurrence portait aussi sur la qualité et la différenciation des produits. Il a donc fallu prendre en compte un ensemble plus complexe de facteurs de compétitivité. Parallèlement, les économistes ont souligné dès le début des années 1990 qu'une économie nationale ne peut pas être analysée comme une entreprise. Un pays doit se juger à sa capacité à augmenter le niveau de vie de ses citoyens de façon durable, plutôt qu'à ses performances commerciales. Autrement dit, un pays devrait être obsédé par sa productivité plutôt que par sa compétitivité.

L'émergence de la notion d'attractivité dans les débats de politique économique s'explique à la fois par les limites de la notion de compétitivité et par les progrès de la mondialisation, qui se caractérise notamment par l'accroissement de la mobilité de certains facteurs de production. Le capital bien sûr, mais aussi certains travailleurs qualifiés. Les multinationales ont tiré parti de ces évolutions pour développer des stratégies globales et organiser des réseaux mondiaux de production, en déplaçant éventuellement des activités d'un territoire à l'autre. Les multinationales sont ainsi simultanément des agents de la mondialisation et des acteurs importants pour les économies nationales. Dans ce contexte, les économies se différencient par ce qui reste attaché à leur territoire, c'est-à-dire les facteurs de production immobiles _ infrastructures, main-d'oeuvre _, mais aussi par leur marché intérieur. En effet, un territoire peut être attractif pour les multinationales comme espace de production, mais aussi comme espace de vente, ce qui est insuffisamment souligné.

Les pays les plus attractifs cumulent ces deux grands facteurs d'attraction : un marché dynamique et des facteurs de production performants pour certaines activités. Les Etats-Unis combinent un marché où les consommateurs ont un pouvoir d'achat élevé et croissant, avec des capacités de production particulièrement bien adaptées aux secteurs de haute technologie et aux services. La qualité de la recherche et les opportunités offertes aux innovateurs attirent ainsi les laboratoires des multinationales dans certains secteurs comme la pharmacie. Ces facteurs locaux attirent aussi des chercheurs, qui aspirent à mener leur activité dans de meilleures conditions que dans leur pays d'origine. La Chine draine elle des montants importants d'investissement étranger car elle combine un marché en forte croissance avec des facteurs de production adaptés à l'assemblage de produits de grande consommation destinés à l'exportation.

La France est moins bien placée pour les deux types de facteurs d'attraction : sa croissance est faible et malgré des coûts relativement élevés, elle reste peu spécialisée dans les secteurs de haute technologie et de services en expansion. Elle reçoit certes des montants d'investissement étranger relativement importants, mais l'indicateur qui rapporte ces flux à la taille de son économie classe la France derrière de nombreux pays développés et émergents. Pour renforcer sa position, elle peut certes adopter des mesures fiscales ou revoir certaines réglementations. Mais ces mesures ne devraient pas privilégier les multinationales ou les cadres étrangers. De même, une politique d'attraction de chercheurs étrangers serait coûteuse et peu efficace si le système d'innovation n'évoluait pas pour rendre la France plus créative.

En fait, comme la compétitivité, l'attractivité a l'inconvénient de focaliser l'attention sur un symptôme. La meilleure stratégie d'attractivité de la France serait de traiter le mal, c'est-à-dire d'accroître son potentiel de croissance. Un ensemble cohérent de réformes pourrait relever le taux d'activité de la population, réduire le chômage structurel et stimuler la diffusion du progrès technique. Ces politiques permettraient de constituer un environnement plus favorable aux activités productives et à l'innovation, notamment dans les secteurs de haute technologie et les services qui représentent de nouvelles sources de croissance pour les pays avancés.

Frédérique Sachwald est responsable des études économiques à l'Ifri.

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par Luis Miotti et Frédérique Sachwald, avec la collaboration de Françoise Nicolas.
Préface de Patrick Artus.
Distribué par la Documentation française.


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